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Des scientifiques se mobilisent contre la réforme des lycées

djm : Voici l'extrait d'un article paru dans "Le Monde" du vendredi 5 novembre 2010.  Il annonce que d'éminents scientifiques n'approuvent pas la réforme des Lycées de 2010 qui réduit encore plus la préparation scientifique de la "relève", de nos élèves qui seront la France de demain. 

Les horaires des enseignements scientifiques sont devenus largement insuffisants pour assurer des connaissances scientifiques de base sérieuses aux élèves qui sortent du secondaire, ceci dans les filières scientifiques, ce qui est un comble ! Ainsi, un cursus scientifique complet  suivi par un élève en Lycée ne lui apportera que 35 % d'heures de cours en mathématiques et dans toutes les autres sciences, contre 50 % avant la mise en oeuvre de la réforme. On s'engage véritablement sur un chemin glissant alors même que la France a besoin de scientifiques et d'ingénieurs qualifiés dans les années à venir... 

   
Ils sont Nobel, médaillés Fields ou lauréats du prix Gauss et leurs noms figurent côte à côte, en bas d'une pétition (ici en PDF). Intitulé "La France a besoin de scientifiques", ce texte qu'ont déjà signé la plupart des associations représentatives du monde scientifique s'insurge contre la baisse des enseignements scientifiques au lycée. Et plus précisément contre les horaires de mathématiques et de physique des classes de première et des programmes scientifiques. Une grille horaire dans laquelle un élève qui suit un cursus scientifique occupera 35 % de ses heures de cours à étudier les maths et les autres sciences, contre 50 % aujourd'hui.

"La baisse du nombre d'heures d'enseignements scientifiques de la réforme Chatel des lycées n'est pas la première. Depuis vingt ans, les enseignements scientifiques ont décru de 20 % dans le volume horaire", regrette  Bruno Jeauffroy, président de l'Union des professeurs de spéciales (UPS), une des associations signataires.

RÉFORME CHATEL

La réforme du lycée de Luc Chatel, qui est entrée en vigueur en septembre, vise à retarder d'une année l'orientation des élèves. Pour y parvenir, la formation commune qui prévalait jusqu'en fin de seconde se poursuivra jusqu'en fin de la première. Les véritables enseignements de spécialisation commençant désormais en terminale.

Les milieux scientifiques, qui ont fait leurs comptes, estiment que le nombre d'heures de cours de mathématiques et de sciences que suivra un scientifique sur les années de première et de terminale, ne suffira plus à lui assurer des bases sérieuses. D'où l'envoi de cette pétition le 21 octobre au ministre Luc Chatel.

Maryline Baumard

 

Voici la pétition :

La France a besoin de scientifiques

   

Les enseignants, mais aussi les milieux scientifiques, économiques et industriels, s’’inquiètent des conséquences de la réforme actuelle du lycée sur l’avenir de notre pays.

La société du XXIème siècle va avoir un grand besoin des scientifiques à tous les niveaux. Elle est confrontée à de grands défis : ressources en eau, énergie et alimentation ; réchauffement climatique ; développement durable ; communication et connaissance ; santé, etc. Relever ces grands défis exige la mise en oeuvre de connaissances scientifiques et de solutions technologiques les plus avancées. Or l’engagement de la jeunesse dans les carrières scientifiques est réticent.

Notre pays a besoin d’un engagement de la jeunesse dans les sciences, le système éducatif français ne forme pas suffisamment d’ingénieurs pour les besoins de l’innovation, le métier de chercheur est de moins en moins prisé par les meilleurs éléments de notre jeunesse. C’est pourquoi les enseignants, mais aussi les milieux scientifiques, économiques et industriels s’inquiètent des conséquences de la réforme actuelle du lycée sur l’avenir de notre pays.

  1. L'occasion était donnée de renforcer l’enseignement en sciences au lycée afin de former les professionnels et les scientifiques dont la France a besoin pour garder sa place dans la compétition mondiale. Or moins de la moitié des horaires en première S est consacrée aux sciences : ce n’est pas raisonnable.
  2. Les pays européens les plus innovants mettent l’accent sur la démarche expérimentale. Or l’organisation des séances de travaux pratiques n’est plus définie dans un cadre national : ce n’est pas raisonnable.
  3. On ne peut que se réjouir de la revalorisation annoncée des filières littéraire et économique. Or le jeu des options interdit à trop d’élèves de ces filières de choisir l'enseignement scientifique dont ils ont besoin : ce n’est pas raisonnable.
  4. Les formations technologiques, par essence spécialisées, sont vitales pour l’économie de la France. Or l’uniformisation des programmes au lycée technique empêche les jeunes de se spécialiser dans les domaines qui les motivent : ce n’est pas raisonnable.
  5. Le principe de l’accompagnement personnalisé est excellent. Or sa mise en oeuvre se fait au détriment de la formation commune. Cela remet en question l’équité de notre système éducatif, accentue la disparité entre établissements et affaiblit la démocratisation de l’enseignement : ce n’est pas raisonnable.

En conséquence, les associations, les sociétés savantes et les personnalités suivantes demandent à Monsieur le ministre de l’éducation nationale de bien vouloir prendre conscience des conséquences de la réforme actuelle du lycée sur l’avenir de notre pays. 

Il est urgent d’engager une réflexion digne des enjeux.

   

Premiers signataires :

L’Association Femmes & sciences.

L’Association des proviseurs des lycées à classes préparatoires aux grandes écoles (APLCPGE).

La Conférence des grandes écoles (CGE).

La Fédération française de sociétés scientifiques (F2S, regroupe la SFP, la SFO et la SEE).

La Société de l’électricité, de l'électronique et des technologies de la communication (SEE).

La Société française de physique (SFP).

La Société de mathématiques appliquées et industrielles (SMAI).

L’Union des professeurs de physique et de chimie (UdPPC).

L’Union des professeurs de spéciales (UPS).

L’Union des professeurs des CPGE agronomiques, biologiques, géologiques et vétérinaires (UPA).

L’Union des professeurs enseignant les disciplines littéraires dans les CPGE scientifiques (UPLS).

Monsieur Serge Abiteboul, membre de l’Académie des sciences (Informatique).

Monsieur Pierre Auger, membre de l’Académie des sciences (Biologie intégrative).

Monsieur Roger Balian, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Etienne Baulieu, membre de l’Académie des sciences (Biologie humaine et sciences médicales).

Monsieur Jacques Blamont, membre de l’Académie des sciences (Sciences de l'univers).

Monsieur Jean-Michel Bony, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Madame Marie-Anne Bouchiat, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Pierre Braunstein, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur Alain Bravo, membre de l’Académie des technologies et directeur de Supélec.

Monsieur Edouard Brézin, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Madame Anny Cazenave, membre de l’Académie des sciences (Sciences de l'univers).

Monsieur Bruno Chaudret, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur Yves Chauvin, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel 2005 (Chimie).

Monsieur Claude Cohen-Tannoudji, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel 1997 (Physique).

Monsieur François Cuzin, membre de lʼAcadémie des sciences (Biologie moléculaire et cellulaire, génomique).

Monsieur Michel Davier, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Jean-Pierre Demailly, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Bernard Derrida, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Patrice Desmarest, membre de l’Académie d’agriculture et de l’Académie des technologies.

Madame Catherine Dulac, membre de l’Académie des sciences (Biologie intégrative).

Monsieur Albert Fert, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel 2007 (Physique).

Monsieur Alain Fischer, membre de l’Académie des sciences (Biologie humaine et sciences médicales).

Monsieur Jean-Marc Fontaine, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Marc Fontecave, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur Etienne Ghys, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Etienne Guyon, physicien et directeur honoraire de l'Ecole normale supérieure.

Monsieur Gérard Huet, membre de l’Académie des sciences (Informatique).

Monsieur Henri Kagan, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur Jean-Pierre Kahane, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Jean-Marie Lehn, membre de l’Académie des sciences et prix Nobel 1987 (Chimie).

Monsieur Jacques Livage, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur Bernard Malgrange, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Yves Meyer, membre de l’Académie des sciences et prix Gauss 2010 (Mécanique et Mathématiques appliquées).

Monsieur André Morel, membre de la commission Culture scientifique de la Société française de physique.

Monsieur Georges Pelletier, membre de l’Académie des sciences (Biologie intégrative).

Madame Christine Petit, membre de l’Académie des sciences (Biologie moléculaire et cellulaire, génomique), professeure au Collège de France.

Monsieur Jacques Pouyssegur, membre de lʼAcadémie des sciences (Biologie moléculaire et cellulaire, génomique).

Monsieur Yves Quéré, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Evariste Sanchez - Palencia, membre de l’Académie des sciences (Mécanique et Mathématiques appliquées).

Monsieur Jean-Michel Savéant, membre de l’Académie des sciences (Chimie).

Monsieur André Sentenac, membre de l’Académie des sciences (Biologie moléculaire et cellulaire, génomique).

Monsieur Ionel Solomon, membre de l’Académie des sciences (Physique).

Monsieur Michel Talagrand, membre de l’Académie des sciences (Mathématiques).

Monsieur Pierre Tapie, directeur général de l’ESSEC et président de la Conférence des grandes écoles (CGE).

Monsieur Cédric Villani, mathématicien et médaillé Fields 2010.